Henry SIMON et Gabriel DELAUNAY

A l’occasion de la présentation du calendrier du Crédit Agricole
Henry SIMON Gabriel DELAUNAY FONTENAY LE COMTE Décembre 1979

 

Allocution de M. Henry SIMON

Je ne peux que vous remercier Messieurs les organisateurs de cette exposition qui pour moi est une occasion peut-être de susciter certaines vocations parmi les élèves de l’établissement ; mais, je l’avouerais un peu égoïstement, surtout une occasion pour moi de retrouver mes sources, mes racines et mon émotion est bien compréhensible de me retrouver dans cet établissement, où j’ai passé des années, je peux le dire, heureuses. Cette émotion je ne peux la situer que grâce à deux pôles. Je ne parlerai pas des études où je n’ai pas particulièrement brillé, certains peuvent en témoigner ici, mais je peux dire tout de même que le premier pôle que je veux retenir c’est celui du souci qu’on avait en ce temps là, je ne sais pas s’il est encore d’utilité de le rechercher, du souci de continuer la famille avec la présence dans l’établissement. Et je dois saluer alors à cette occasion le souvenir d’un homme très cher que je ne serais pas seul d’ailleurs à saluer, c’est celui de Roger ALAUX qui fût le Docteur Roger ALAUX et qui en ce temps là nous recevait quelques-uns, quelques vendéens et nous choyait et nous berçait, nous racontait des histoires et avait même obtenu, je m’en souviens fort bien, l’utilisation d’un petit dortoir à côté du grand pour que nous puissions, étant éloignés de la maison, les plus éloignés, retrouver l'atmosphère familiale. C’est une chose dont je me souviens avec beaucoup d’émotion et Roger ALAUX à ce moment là était en somme le remplaçant du père de famille et c’est un souvenir inoubliable. L’autre pôle c’est un pôle professionnel et, là aussi, je peux citer un nom, c’est celui du professeur de dessin de l’époque, Monsieur CARRIAT. Un homme merveilleux, un homme tout simple. Avait-il du talent ? Je ne saurais le dire, je veux le croire, mais je me rappelle en tout cas de ces yeux bleu limpide, qui n’étaient pas plus limpide que sa peinture qui peu être était léchée, je ne sais, mais en tout cas offrait au regard des jeunes un souci de classicisme et d’expression sincère que l’on ne retrouve pas toujours maintenant dans les expositions picturales, je dois le dire. Et je me rappelle fort bien d’une sainte Thérèse que j’avais vue exposée dans la ville de Fontenay alors que je ne connaissais pas tellement la peinture de mon professeur et qui s’est révélée à moi plus belle que la Joconde et toutes les figures du classicisme français. Elle était aussi rose que ces roses, exprimait dans ses yeux une pureté et une jeunesse dont je me souviens toujours.Et je dois rendre à Monsieur CARRIAT un autre hommage, c’est celui d’avoir non pas fait naître une vocation, mais de m’avoir certifié en me permettent, ce qui ne se fait peut être pas maintenant, de travailler pendant les heures de récréation au grenier du collège où étaient rassemblés tous les plâtres et je me rappelle ces heures, ces heures passées au milieu de ces plâtres dans la solitude totale où j’avais tout le loisir d’étudier et j’ai tout lieu de penser que cette atmosphère a contribuée à me permettre de travailler ma peinture, de chercher à m’exprimer toujours dans la solitude, loin des écoles et des influences.Voilà, je ne voudrais pas insister davantage, évidemment nous pourrions évoquer moult souvenirs, ils sont tentants et nombreux mais je vais céder la place au maître, Gabriel DELAUNAY.

 

Henry Simon

 

 

 

 

Allocution de M. Gabriel DELAUNAY

 

Je ne peux pas supporter que l’on m’appelle Maître…Dans ce vieux collège Viete, chers amis, c’est un choc pour nous de revenir ici ; c’est un choc d’être dans cette salle où nous venions en étude et où, moi, j’ai déjà appris une notion d’administration : nous voulions tous nous mettre à la table du fond pour être le plus loin possible du surveillant et, dans l’administration, ça m’a appris que les peuples étaient d’autant plus heureux qu’ils étaient éloignés des sources de l’autorité.C’est une toute petite chose qui m’a ému tout à l’heure, profondément ému. C’est de retrouver des camarades que je n’avais pas revus depuis plus d’un demi-siècle. De les retrouver avec le même regard, de les reconnaître, de mettre des noms, tout de même…Combien cela prouve que nous sommes marqués par le temps que nous avons passé ensemble et les heures que nous avons connues. Nous sommes marqués ! … et je le dis pour les jeunes qui sont ici, à un point inimaginable. Vous savez, moi j’étais dans cette maison, j’étais le petit gars qui venait de Sainte Christine, en veste de velours, mais ma mère m’avait préparé des manchettes de lustrine pour que la veste fasse les trois ans et la première année elle était trop grande… Un jour ma fille m’a dit : « Vous aviez des pyjamas lorsque vous étiez au collège de Fontenay le Comte ? » J’ai eu beaucoup de peine à lui faire comprendre que nous étions de ceux qui n’avaient qu’une chemise qui faisait le jour et la nuit, qu’elle faisait la semaine, quelque fois deux… C’est dire ce qui s’est passé entre ces deux générations, quel extraordinaire changement ! et, quand vous nous disiez tout à l’heure monsieur le Principal que nous allions retrouver des ombres, ou vous monsieur le Président, c’est nous qui sommes des ombres, nous sommes des ombres qui réapparaissent ici et qui retrouvent ce qu’ils ont perdu. Je vous assure que dans ma vie, le fait d’avoir été un petit paysan vendéen, de ne l’avoir pas oublié un seul instant est une des choses qui m’ont le plus servi. Il est des moments sous savez, surtout lorsqu’on s’approche de, disons, ces petits sommets que sont ces grands postes d’état, il est des moments où il faut résister à certaines tentations, il faut refuser un certain nombre de propositions, il ne faut pas se laisser entraîner vers des choses qui ne sont pas de votre nature profonde. C’est à dire qu’à chaque instant le petit bonhomme que nous étions ici doit réapparaître pour défendre celui qui a grandi et pour le protéger. C’est pourquoi je reste attaché à cette vieille maison monsieur le Président, monsieur le Proviseur, je reste attaché, ne discutez pas si je suis de Fontenay ou des environs ; sur les quatre grands-parents j’avais une grand’mère de Payré sur Vendée et les deux autres d’Auzay, c’est pas loin de Fontenay. Le quatrième était de Sainte Christine, c’est pas loin non plus, donc je me sens tout à fait votre compatriote. Ceci d’autant plus que cette maison m’a tout de même marqué. Rien n’était très facile mais si dans notre jeunesse nous avions trouvé tout préparé pour nous, si tout avait été facile, il est certains écueils sur lesquels nous serions tombés et ma gratitude à la vie c’est de m’avoir donné cette jeunesse. Ici je n’étais pas au collège et comme certains de mes camarades qui sont là, j’étais à l’E.P.S. et c’est pourquoi j’ai passé mon bac à 25 ans. Et bien vous savez, tout cela c’est sain, c’était heureux et cela m’a beaucoup servi. Mais je vous parlerais très longtemps, je m’en excuserais.Je veux seulement remercier ceux qui nous ont permis de nous retrouver aujourd’hui. Je veux remercier monsieur le Préfet que j’ai eu la chance de rencontrer déjà il y a pas mal d’années avec un de mes amis ; je vous remercie monsieur le Proviseur, vous m’avez déjà accueilli ici et je sais ce que vous faites de cette grande maison ; je vous remercie monsieur le Maire, monsieur FORENS de faire en sorte que nous sommes chez vous, que nous nous y sentons bien et je remercie le grand organisateur, le grand organisateur…le nom de DANDURAND était dans notre jeunesse quelque chose de merveilleux un peu, mais c’était le bazar qui nous intéressait, quand nous avions la chance de n’aller pas en promenade sur la route de Niort, ce qui était très gai vous savez ! quand nous avions la chance de sortir un peu pour aller voir les galeries et le bazar DANDURAND qui étaient les lieus de nos petites tentations. Et bien vous voyez, c’est vous qui nous procurez cette joie aujourd’hui ; c’est vous et le Crédit agricole de la Vendée que je veux remercier tout spécialement d’abord parce que vous vous êtes déplacés de la Roche pour venir dans la vraie capitale… (applaudissements) et pour avoir eu cette idée, cette idée d’associer deux vendéens, deux vendéens qui se connaissaient et qui s’estimaient beaucoup, et quand on m’a dit que c’était avec le grand artiste qu’est SIMON, j’ai dit "je ne refuse pas", au contraire, je fais cela avec une très grande joie. Je ne refuserais jamais d’ailleurs, ma femme me l’a quelques fois reproché, elle me dit tu es très partial avec les Vendéens et c’est vrai. Et c’est vrai quelques fois, vous savez dans nos positions on vient vous voir de loin et on ne peut pas recevoir tous ceux qui se présentent quand on est à certains bureaux qui sont très recherchés ! Mais il suffisait que l’on dise chez moi je suis vendéen, alors je disais attends un peu on se débrouillera et on s’est débrouillé toujours…j’ai été toujours un petit peu partial. Je m’en accuse mais c’est parce que la Vendée est ma très chère terre, parce que je l’aime beaucoup, parce que je sais que les Vendéens ont des qualités que, quelques fois, les autres n’ont pas. J’ai dit très souvent à mes girondins ou à mes aquitains qui m’ont supporté 23 ans ! 23 ans dans le corps préfectoral c’est tout de même un beau bail ! je leur dis souvent « nous vendéens, je me plaçais comme vendéen face à eux aquitains, nous ne sommes pas si intelligents que vous, mais nous avons d’autres qualités, c’est que nous sommes plus travailleurs et plus têtus », et là, finalement, c’est nous qui gagnons. Et je crois cela des vendéens et je pense que ce département le prouve. Je me laisserais entraîner, je parlerais trop longtemps, n’en voyez là que ma joie de vous retrouver, ma joie de me sentir chez moi, de reconnaître des visages qui dans ma mémoire vivaient et d’être ce soir à une rencontre d’amis qui ont trouvé dans un calendrier la raison de venir les uns vers les autres.

 

Gabriel DELAUNAY

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