Poème de Philippe Vallet

Philippe Vallet a écrit ce poème lors de l'exposition de Saint-Jean-de-Monts et nous aimablement autorisé à le reproduire.

 

A l'absent, Henry Simon

Si sur tes genoux Henry

tu plumais le temps

chaque geste

de la main serait couleur

regard

temps de vie

 

je n'ai plus de mains

et prier le ciel ?

 

Henry je te confie mes yeux pour ce voyage

si l'instant se fige en pays d'Yeu

toujours revient la Vendée

 

tu creuses la farandole où nos visions s'arrêtent

et si des doigts de l'homme le travail était

de faire vivre : Henry tu as su lever la vie

 

tu as le goût de regarder ton pays

le pays de Vie

entre marais et mer

sel et vent, école et vendanges

sur un marché, au bord d'une cheminée

 

océan et marais partagent le même ciel

le sait-on !

si le rémouleur affûte encore ses lames

toi, tu aiguises notre vigilance

fixant la danse des secondes

 

les Rimajures trempent leurs pailles dans le ciel

et toi tes pastel

sil suffisait de te dresser au pied de ton histoire

 

les nuages caracolent

les yeux de mémé Vairon lorgnent la tendresse

ce passé pesant d'une urgence à se souvenir

« nous avons existé »

 

Henry je te confie mes yeux pour ce voyage

si l'instant se fige en pays d'Yeu

toujours revient la Vendée

 

tu poses les couleurs

tu nous dis à bras levés

dans l'éclair de ton geste

« celle-là allume notre regard »

« celui-ci te regarde »

 

prends et dessine

tu as besoin de tout sauver

 

Henry, tu as semé

ton regard d'enfant au coin d'une fenêtre

rien n'est triste si le bleu au ciel arrive

 

éclat rouge, jaune, blanc et les souffles du monde

de tous les rivages de tes visages,

qui pourrait dire qu'ils ne t'appartiennent pas

 

dans le détail se déchiffre l'immense

l'horizon se plie en mille vagues

Henry toi, tu dénoue sur le drap ou le bois

les mille houles d'une mesure

elles mangent dans nos mains

 

au ciel gris d'une Vendée hivernale

les feux de braises courent rouges aux foyers

elles se glissent sous les os

ton œuvre vient nourrir nos bouches

mourir sur notre peau le frisson

souffle d'échange en puissante vie

 

Henry je te confie mes yeux pour ce voyage

si l'instant se fige en pays d'Yeu

toujours revient la Vendée

 

la vie n'est-elle qu'un regard ?

une peinture ?

 

Henry es-tu le regard d'un pays ?

 

Humanisé entre souffle et sang

ta pipe au bec entre vents de mer et vents de terre

 

hier ou maintenant ?

 

le monde offert comme

saisi d'une vision comme

tu pries, deux mains levées

en un seul geste

appel à vivre

comme tu fais

 

Henry je te confie mes yeux pour ce voyage

si l'instant se fige en pays d'Yeu

toujours revient la Vendée

 

 

jeudi 21.07.2005

expo Saint-Jean de mont Henry Simon A l'absent, Henry Simon

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